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Le zodiaque et la musique des sphères

N’est-il pas étrange que les anciens Mayas aient, comme nous, appelé la constellation du Scorpion du nom de cet arachnide ? Orion, ou le Chasseur, porte ce nom à Babylone, en Egypte et en Grèce ; il est connu également en Chine sous cette désignation : le Chasseur de la chasse d’automne. Notre Aquarius (le Verseau) est identique au dieu mexicain Tlaloc, le maître des pluies et des cataclysmes.

Planispheres Celeste

Centuries de Nostradamus : Une prédiction qui crève les yeux…

f5224415a2d42fc4 1024x682Bien qu’il récusât lui-même l'appellation de prophète, les contemporains de Michel de Nostradamus ne se privèrent pas de le désigner souvent ainsi, mettant cet aimable médecin astrologue au rang des Elus de Dieu…

Car voici un homme, réputé pour sa probité et son savoir, aimé pour sa générosité et son courage, respecté et crains pour ses amitiés de haut lignage, non pas riche mais aisé, et qui possède au surplus le don de prédire, et à un point jamais vu…

Est-il diabolique ou choisi par Dieu ? Est-ce un bateleur, un charlatan, un beau parleur ou un véritable prophète, un homme de Dieu ? Est-ce un initié de haut rang qui, à titre exceptionnel, enfreint la loi du silence ? Ou au contraire, est-ce une engeance diabolique et perverse, un trompeur, un affabulateur, un tentateur ?

On le préféra heureusement sous l’aspect bénin, ce qui certes lui évita le bûcher, mais ne fit qu’exciter la jalousie et l’incompréhension. Les jets de pierres, les crachats et les insultes l’ont parfois cruellement atteint, alors même qu’il était au pinacle…

nostradamus medecinNostradamus, que rien n’a jamais arrêté dans son existence, ni les études, les voyages, les menaces et encore moins la peste, va consacrer dix années de son existence à la rédaction de ses fameuses Centuries. Isolé dans le dernier étage de sa maison, au cours de ses très nombreuses veilles, et profitant du calme et de la splendeur du ciel de Provence, il va s’épuiser à supputer l’avenir et le devenir des hommes ses semblables, qu’il a généreusement soigné et aidé toute sa vie durant, quoi qu’en aient dit les pseudo historiens prétendument rationalistes et ses habituels contempteurs.

Mais que vaut un tel travail ? Que valent-elles vraiment, ces prédictions ? Sont-elles assez fiables ? Assez précises dans la définition et la qualification des événements, des temps et des lieux ? En un mot, sont-elles utiles ou futiles ?

Voici de quoi se faire une opinion… Changement de décor !

Le quartier des Tournelles, en plein cœur de Paris, est en émoi depuis un mois : pensez, le roi et la cour, à l’occasion du mariage de Marguerite de France, sœur du roi, et d’Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, offriront des fêtes – juste retour ludique des impôts – et un tournoi auquel le roi Henri II lui-même participera.

Cette liesse, que tout le monde partage, n’est cependant qu’une mince couverture jetée sur les sourds conflits qui agitent le peuple français : le schisme entre catholiques et protestants (qui ne protestent pas contre le Pape, comme le laisserait croire leur nom, signifiant tout simplement Témoins) dégénère en guerre civile, et teinte les activités d’une crainte permanente… Désunis, divisés et partagés, les Français sont exposés aux appétits de leurs voisins. Les Anglais ont déjà rompu avec Rome et instauré une religion d’Etat sous la conduite de leur roi Henri VIII ; l’Anglicanisme, ce qui ne s’est pas fait sans hypocrisie politique et gros épanchements de sang…

Nous appuyant sur les écrits des chroniqueurs de l’époque, et notamment Monsieur de Vieilleville – ami du roi Henri II –, Mèzeray et de l’abbé Brantôme, nous allons à présent relater les circonstances de l’événement qui apporta une gloire aussi éclatante que durable à Michel de Nostradamus.

Peut-être serez vous étonnés, lors de cette lecture, comme nous le fûmes nous-même, du fait que la barbarie et l’extrême sensibilité – duels et songes – se mélangent étroitement et de manière incompréhensible à ces époques pour le moins périlleuses….

henri iiEn 1555, à l’âge de 37 ans, le roi Henri II reçoit de son astrologue personnel – Luc Gauric – un pronostic le mettant en garde contre les joutes et autres tournois auxquels il pourrait participer lorsqu’il parviendrait à l’âge de quarante-et-un ans, car ceux-ci pouvaient, selon lui, être à l’origine d’un accident mortel par suite d’une blessure à la tête. Mais le roi, peu susceptible de croire aux billevesées des astrologues et des devins en général, oublia rapidement l’avertissement astrologique des planètes. 

Pour tout dire, ce monarque était beaucoup moins crédule que sa mère, la dévote et très superstitieuse Catherine de Médicis, qu’il raillait affectueusement. Celle-ci avait peut-être quelques bonnes raisons de s’inquiéter : en effet, ce Luc Gauric avait déjà prédit que le dauphin accéderait au pouvoir royal et que son avènement serait marqué par un duel, or non seulement Henri II était devenu roi mais le duel qui devait marquer son règne s’était en effet déroulé, le 10 juillet 1547 : la rivalité entre la duchesse d’Etampes et la favorite Diane de Poitiers, alors à son comble, avait entraîné le seigneur de la Châtaigneraie et le gentilhomme Guy Chabot de Jarnac sur le terrain.

C’était littéralement le remake du duel de David contre Goliath, et tout comme dans l’histoire biblique, c’est le minuscule et frêle Chabot de Jarnac qui l’emporta, en tranchant le jarret de son adversaire géant par un coup inconnu qui le rendit maître de la situation en quelques secondes… le fameux coup de Jarnac. Ou j’arnaque, au choix, puisque de là vient ce verbe d’argot parisien.

Mais revenons-en au tournant de notre tournoi des Tournelles, qui donne le tournis…

En mettre plein la vue…

chevalier image animee 0128Nous sommes le 30 juin 1559, et les fastueuses réjouissances en sont à leur troisième jours…

Le roi se propose de concourir contre trois adversaires : le premier, son tout récent beau-frère le duc de Savoie, lui déclare : « Monsieur mon frère, serrez bien les genoux, car je vais sûrement bien vous esbranler sans respect pour l’alliance et la fraternité qui déjà nous unissent », sous-entendant par là, de manière bien gauloise malgré son origine, qu’il s’attaquerait à la partie virile de son adversaire, pourtant parent et ami. Le deuxième est de Guise ; il ne lui dit rien puisqu’il convoite le trône, avec de certaines fortes raisons. Le troisième et dernier est le jeune comte Gabriel de Montgomery, lieutenant de la prestigieuse Garde écossaise, qui s’offre pour clore la royale prestation.

Beau combat. Jusqu’à présent, tout va bien : R.A.S (Rien à Signaler…).

Après la dernière lance, le roi exprime cependant son désir de renouveler la rencontre avec Montgomery. Monsieur de Vieilleville, vieux compagnon du roi, blêmit alors d’un coup : « Sire - lui-dit-il - , je jure devant Dieu vivant qu’il y a plus de trois nuits que je ne fais que songer qu’il doit vous arriver malheur et que ce dernier jour est fatal. Sire, vous en ferez comme il vous plaira ».

Mais le roi n’en fait qu’à sa royale tête, car tel est son bon plaisir, et de s’engager aussitôt en lice pour une nouvelle passe avec l’Ecossais. Mais dans ce dernier affrontement, qui deviendra l’ultime, le destin donne son verdict et laisse tomber brutalement son implacable loi : la lance de Montgomery glisse sur l’armure du monarque, se brise après s’être profondément enfoncée dans l’œil royal, et ressort derrière l’oreille du malheureux, que l’on emporte pantelant dans une tente.

Henri II 1519 59 est mortellement blessé lors d39une joute lors des célébrations de mariage de sa fille de Histoire de France par Colart

Le Connétable de France, Anne de Montmorency, livide, fait demande au secrétaire Claude de l’Aubespine de lui apporter séance tenante le texte des prédictions de Gauric et du Provençal, ce Michel de Nostradamus dont on parle beaucoup depuis quelques temps : la lecture le fait presque défaillir, et il titube et vacille au point qu’on lui approche un siège, où il s’assoit lourdement ; « Il n’estoit pas possible aux devins de mieux et plus clair parler que cela – se lamente-t-il les yeux noyés de larmes –, d’autant plus que de leur naturel ils sont toujours ambigus et doubteux dans leurs discours. Mais là, ils parlèrent fort ouvertement. Ah ! Que maudits soient ces devins qui prophétizèrent si au vrai et si mal ! »

Une notoriété tape à l’œil

L’émoi suscité par la mort aussi brutale qu’inattendue du roi de France ne suffit pas : l’annonce précise de celle-ci par les astrologues, et surtout par Michel de Nostradamus, dont le nom est plus séduisant et sonne mieux à l’oreille que celui de Luc Gauric, qui écorche en effet les oreilles délicates ou les bouches maladroites à prononcer, et est donc plus propice à rester dans les mémoires, redouble l’agitation populaire… Mais que diable, qu’avait donc prévu ce Nostradamus ? Qu’avait-il écrit qui pouvait si aisément convaincre des ses qualités de devin ou de prophète ?

Au trente-cinquième quatrain de la première de ses Centuries, soit à moins de dix petites pages du début de son ouvrage, il a écrit :

                Le lyon ieune le vieux surmontera,
                En champ bellique par singulier duelle,
                Dans cage d’or les yeux luy crevera,
                Deux classes une puis mourir mort cruelle. (I, 35)

Tout y est : le lion jeune est Montgomery, dont le blason montre en effet un lion ; le vieux lion est le roi Henri II, dont les armoiries portent aussi un lion et qui est né sous le signe du Lion ; s’il est plus âgé que son rival, qui le vaincra, les deux hommes sont de redoutables mais nobles combattants, des lions en effet ; cela se fait sur un champ de bataille en combat singulier, le duel ; la cage d’or n’est autre que la visière grillagée du heaume royal, toute dorée ; et la lance est entrée par un œil pour sortir derrière la royale oreille, en une plaie des plus douloureuses, et dans une lente et effroyable agonie qui dura une éternité de souffrances – dix jours interminables –, pendant lesquels les chirurgiens s’entraînèrent à opérer sur des prisonnier du Châtelet à qui l’on avait infligé la même blessure… car que vaut la vie d’un homme du peuple par rapport à celle d’un roi ? Devinez !

Si cette centurie fut peut-être écrite – au plus tard – une quinzaine d’années avant ce cruel événement, il est certain qu’elle parut quatre ans avant la mort du roi…

Est-ce là pur hasard ? Chance ? Coïncidence ? Synchronicité ? Concomitance ?

Et sinon, qu’est-ce ?

A. P

 

| Petit supplément

Dont la présence ici est motivé par notre seul plaisir de vous faire connaître d'autres quatrains… |

 

Sur la destinée des États-Unis

Le grand empire sera par Angleterre
Le Pempotam des ans plus de trois cens

Grandes copies passer par terre et mer
Les Lusitains n'en seront pas contens (X, 100).

Quand Nostradamus écrivait ces lignes, l’Angleterre était l’un des moins importants pays d’Europe, bien loin du grand Empire qu'elle deviendra plus tard, avec ses innonbrables territoires d'outre-mer (...copies passer par terre et mer). En 1588, trente-trois ans après que le Livre des Prophéties eut été publié, l’Angleterre battait « l’invincible Armada » espagnole...et portugaise (les Lusitains n'en seront pas contens). La puissance de la Grande-Bretagne dura « plus de trois siècles », jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, quand l’Amérique apparut comme le pouvoir dominant. Cette hégémonie fut, semble-t-il, annoncée par le voyant de Salon dans d’autres vers :

Dans l’aquatique triplicité naistra
D’un qui fera Jeudy pour sa feste
Son bruit, loz, règne, sa puissance croistra
Par Terre et Mer aux Oriens tempeste (I, 50).

11Les Etats-Unis sont la seule nation qui célèbre sa fête nationale un jeudi - le dernier jeudi de novembre ou « Thanksgiving-Day ». C’est le jour de fête par excellence, avec l’inévitable et traditionnelle dinde sur la table. L’Amérique du Nord fut en majeure partie peuplée par des pionniers anglais, hollandais et français que les bateaux de ces trois nations amenèrent sur le sol américain. C’est sans doute ainsi qu’il faut traduire « l’aquatique triplicité » dont parle Nostradamus. Il a raison quand il prévoit la renommée et le pouvoir qu’atteindra la nation nouvelle - les U.S.A. Son bruit, loz (contraction des mots « luz » et « oz » (soit « lumière » et « or, once, etc.. »), les États-Unis ont en effet installé leur hégémonie grâce au cinéma, allié à une puissance médiatique et économique implacable.

Il ne se trompe pas non plus sur l’Amérique apportant la tempête en Orient - cela débuta avec les batailles des troupes américaines dans le Pacifique, au Japon, en Corée et au Vietnam., et cela reprit de plus belle en 1990 avec la guerre du Golfe, puis vinrent les guerres d’Afghanistan, d'Irak, etc.

Avait-il prévu Napoléon ?

dwd48Un empereur naîtra près d’Italie
Qui à l’Empire sera vendu bien cher
Diront avec quels gens il se ralie
Qu'on trouvera moins prince que boucher (I, 60)

Napoléon Ier naquit en Corse, près de la côte italienne, et il coûta cher à la France - la campagne de Russie, à elle seule, fit périr un demi-million d’hommes.

Bien que ne comportant aucune date, un autre quatrain, touchant vraisemblablement à Napoléon, laisse perplexe :

Du nom qui oncques ne fut au Roy Gaulois
Jamais ne fut un fouldre si craintif
Tremblant l’Italie, l’Espaigne et les Anglois
De femme estrangiers grandement attentif (IV, 54).

Napoléon fut le premier souverain en France à porter un prénom inhabituel. Ses campagnes militaires furent une cause d’inquiétude pour l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie. Plein d’attention pour les femmes étrangères, certes, Napoléon Bonaparte le fut ! Marie-Louise était autrichienne, la comtesse Marie Walewska polonaise et peut-être devrions-nous citer au premier rang l’impératrice Joséphine qui, bien que française, était créole.

Nous auront bien du mal a interpréter ce dernier quatrain selon la fameuse théorie des coïncidences de Jung...

Quelques ouvrages utiles :

  • L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, Henri Torné-Chavigny, Dupuy, Bordeaux, 1860.
  • Nostradamus : son message aux hommes de bonne volonté, Antoine Plussihem, Carnot, 2003.
  • Nostradamus, "Qui suis-je ?",  Pierre-Émile Blairon, Pardès, 2007.
  • nostradamus8